Article: Haïti, le pouvoir sans partage d’Alix Didier Fils-Aimé

Haïti, le pouvoir sans partage d’Alix Didier Fils-Aimé
Haïti aime les équilibres fragiles. Elle les cultive, parfois malgré elle. Mais cette fois, l’équilibre a cédé. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé se retrouve seul aux commandes, sans contrepoids réel, sans arbitre visible. Un homme, un fauteuil, un pays à bout de souffle. L’histoire s’accélère, et avec elle les inquiétudes. Car en Haïti, le vide institutionnel n’est jamais neutre.
Un homme seul face à l’État déliquescent
La scène politique haïtienne ressemble aujourd’hui à un théâtre déserté. Plus de Parlement fonctionnel. Des institutions affaiblies. Une présidence fantôme. Et au centre, Alix Didier Fils-Aimé, devenu de fait le seul décideur. Ce n’est pas un coup d’État. Ce n’est pas non plus une révolution. C’est plus insidieux. Une lente concentration du pouvoir, presque par défaut.
Le Premier ministre n’a pas conquis cette position par la force. Il l’a héritée du chaos. Un chaos ancien, entretenu par des années de compromis bancals, de transitions sans fin, de promesses jamais tenues. Aujourd’hui, l’exécutif haïtien ne repose plus que sur une tête. La sienne.
Cette solitude au sommet n’est pas un luxe. C’est un fardeau. Gouverner un pays où l’État ne contrôle plus certaines zones, où les gangs dictent la loi, où l’économie survit sous perfusion internationale, relève de la mission impossible. Pourtant, la question demeure. Jusqu’où peut aller un pouvoir sans garde-fous ? Et surtout, qui osera encore dire non ?
La tentation de l’autorité dans un pays épuisé
Haïti est fatiguée de la démocratie formelle. Fatiguée des élections reportées. Fatiguée des dirigeants faibles. Dans la rue, certains murmurent déjà que « mieux vaut un homme fort que dix institutions mortes ». Ce discours, dangereux, prospère sur la misère et la peur.
Alix Didier Fils-Aimé le sait. Il avance sur une ligne de crête. D’un côté, la nécessité de décider vite, fort, parfois brutalement. De l’autre, le risque de glisser vers une gouvernance autoritaire, justifiée par l’urgence sécuritaire. Chaque décret, chaque nomination, chaque silence pèse lourd.
Le Premier ministre se défend. Il parle de transition. De stabilité. De retour à l’ordre constitutionnel. Mais l’histoire haïtienne est jalonnée de transitions qui n’en finissent jamais. Le provisoire y devient souvent définitif. Et la concentration du pouvoir, même temporaire, laisse toujours des traces.
Une communauté internationale spectatrice et complice
Autour d’Haïti, le monde regarde. Parfois avec compassion. Souvent avec lassitude. Les partenaires internationaux appellent à l’apaisement, au dialogue, à l’inclusivité. Des mots. Toujours les mêmes. Mais sur le terrain, Alix Didier Fils-Aimé gouverne sans véritable pression externe. Parce qu’il n’y a pas d’alternative claire. Parce que l’instabilité fait peur. Parce que le statu quo, aussi inquiétant soit-il, semble moins risqué qu’un saut dans l’inconnu.
Cette indulgence internationale pose problème. Elle conforte un pouvoir solitaire. Elle normalise l’exception. Haïti devient un laboratoire de gouvernance minimale, tolérée tant que les frontières ne brûlent pas et que les flux migratoires restent contenus.
Mais un pays ne se gouverne pas éternellement par défaut. La colère gronde. Silencieuse, parfois armée. Et l’histoire haïtienne a montré qu’elle n’avertit pas toujours avant de frapper.
Le pari dangereux du pouvoir concentré
Être seul au pouvoir n’est pas une victoire. C’est une alarme. Une démocratie ne meurt pas toujours dans le fracas. Parfois, elle s’éteint dans l’indifférence, sous prétexte d’urgence. Haïti, encore une fois, est à la croisée des chemins. Et cette fois, il n’y a qu’un conducteur dans la voiture. Pour combien de temps ? Et à quel prix ?

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